La déception des Grenat après la défaite aux tirs au but (© Servette FC)

Trop inconstant, Servette ne verra pas le Wankdorf

Malgré un excellent début de match, les Grenat s’inclinent 5-3 aux tirs au but contre Lugano en demi-finale de Coupe de Suisse, non sans avoir arraché une égalisation miraculeuse en toute fin de temps réglementaire (2-2).

Pour cette rencontre capitale, Alain Geiger reconduisait le même onze que lors de la victoire contre YB quatre jours auparavant. De son côté, Mattia Croci-Torti titularisait Ignacio Aliseda sur le flanc gauche, après l’avoir laissé au repos contre GC et laissait sur le banc Roman Macek, alors que le Tchèque avait intégré l’équipe-type des Bianconeri ces dernières semaines. Un choix dicté en prévision d’une éventuelle séance de tirs au but, selon les explications de l’entraîneur tessinois.

Servette débutait la rencontre pied au plancher devant une affluence des grands soirs (12’554 spectateurs). Les Genevois se créèrent pléthore d’occasions durant les vingt premières minutes et Dereck Kutesa ouvrait logiquement la marque à la 22e sur un excellent centre de Miça Stevanovic.

Dans une ambiance survoltée, tout semblait sourire aux Servettiens. C’était oublier pourtant que Lugano n’est pas détenteur du trophée par hasard. Bien préparés à subir dès l’entame de la partie, les hommes de Croci-Torti laissaient passer l’orage et profitaient du premier temps-mort accordé par les Genevois pour s’engouffrer dans les boulevards laissés par la défense Grenat.

L’ancien servettien Ousmane Doumbia parcourait tout d’abord 50 mètres sans être dérangé, avant d’adresser un excellent ballon à Aliseda qui crucifiait Jérémy Frick dans un angle pourtant fermé (31e). Le même Aliseda soulignait ensuite les errements défensifs adverses en mystifiant Kevin Mbabu pour inscrire sa 2e réussite de la soirée quelques minutes plus tard (40e).

Les Grenat retournaient donc aux vestiaires sur un score déficitaire alors qu’ils avaient dominé cette 1ère mi-temps de la tête et des épaules. Rageant, mais ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes, tant les deux buts luganais semblaient évitables.

Une égalisation en fin de temps additionnel

Enzo Crivelli punit l’antijeu luganais

La seconde période n’était pas gage d’optimisme, puisque Servette reprenait ses (mauvaises) habitudes de déjouer pendant le premier quart d’heure. Si cette défaillance ne portait cette fois-ci pas à conséquence, elle renforçait tout de même la confiance des visiteurs, qui commencèrent très vite à jouer la montre pour casser le rythme et empêcher les hommes d’Alain Geiger d’emballer la rencontre. Monsieur San eut beau distribuer les cartons jaunes, les Tessinois trouvaient toujours un joueur volontaire pour aller gagner une trentaine de secondes sur un dégagement aux cinq mètres.

Cette tactique s’avérait payante… jusqu’à la 97e et ce qui aurait dû être l’ultime action de la partie. Le moment choisi par Enzo Crivelli, bien servi par l’inévitable Stevanovic, pour réussir à se retourner dans la surface et tromper la vigilance d’un Sebastian Osigwe pourtant irréprochable jusque-là. Alors que tout espoir semblait enterré et que Servette séchait sur sa copie en s’acheminant vers une élimination cruelle, voici que le volcan de la Praille entrait en éruption.

Ce 2-2 inespéré au terme des 90 minutes assommait les Luganais, qui pensaient avoir réussir le hold-up parfait. Les Servettiens, de leur côté, surfaient sur la douce folie qui s’était emparée du Stade de Genève et démarraient la prolongation comme ils avaient débuté la rencontre: en dominant outrageusement leur adversaire. Ils se créaient même une double occasion à la 103e mais Crivelli ne pouvait conclure, tandis que Patrick Pflücke voyait sa reprise contrée miraculeusement par la sortie d’Osigwe, auteur d’un arrêt prodigieux.

Petit-à-petit, la fatigue et l’enjeu rattrapaient tout de même les 22 acteurs et la 2e prolongation fut bien moins enlevée que la 1ère, les deux équipes ayant bien compris qu’elles devraient se départager lors d’une séance de tirs au but de tous les dangers, Servette n’étant pas particulièrement à l’aise sur pénalty cette saison. Les Luganais ne tremblaient pas, réussissant leurs cinq tentatives, alors que Kevin Mbabu, quatrième tireur servettien, manquait la sienne, ajoutant ainsi une ligne supplémentaire à un retour à la maison qui tourne lentement vers le cauchemar. A sa décharge, le Genevois avait pris ses responsabilités, alors que d’autres cadres semblent s’être défilés, si l’on en croit les propos d’Alain Geiger en conférence de presse (voir citation ci-dessous).

Servette s’incline donc contre sa bête noire et devra encore patienter avant de retrouver les joies d’une finale de Coupe de Suisse. Quant à l’armoire à trophée du club, ce n’est pas encore en 2023 qu’elle sera dépoussiérée. Ou du moins pas avec l’équipe masculine.

La beauté d’un but à la 97e minute (© Servette FC)

Homme du match

S’il aurait été logique d’attribuer le titre d’homme du match à Ignacio Aliseda pour ses deux buts ou à Sebastian Osigwe pour sa double intervention salvatrice de la 103e minute, la performance d’un servettien mérite tout de même les louanges: celle de Samba Lélé Diba. Le jeune Sénégalais est entré à la mi-temps pour Boris Cespedes et n’a pas ménagé ses efforts à mi-terrain pour récupérer un nombre important de ballons, tout en utilisant son imposant gabarit (1m94) pour gêner les offensives luganaises. Alors qu’il n’avait disputé qu’une centaine de minutes depuis son arrivée, donc 29 seulement contre des équipes professionnelles, le milieu de terrain de 19 ans a été aligné pendant 73 minutes de qualité. De bon augure pour la suite.

Le moment insolite

La vie de photographe sportif n’est pas la plus aisée qui soit. Outre les mi-temps passées à rester immobile dans le froid derrière le but pour trouver le cadrage parfait, ils trimballent sur leur dos une cargaison de matériel de valeur. Devant constamment se placer au plus proche de l’action, ils doivent réagir rapidement aux événements du terrain, quitte à s’imposer un petit sprint si nécessaire. Ce fut le cas juste avant le début de la séance de tirs au but, lorsque Lugano a choisi le côté sud pour cet exercice, imposant aux différents professionnels de l’image une course effrénée vers l’autre bout du stade. L’occasion de saluer au passage leur travail et de remercier le Servette FC de nous mettre à disposition quelques clichés pour illustrer nos articles.

La citation du jour

« C’est marrant, il y a 48 heures, tout le monde voulait tirer un pénalty, mais quand il a vraiment fallu y aller, on a eu de la peine à trouver les cinq tireurs, parce que les joueurs rentrés en cours de match ne voulaient pas se retrouver ‘deux fois le couillon’ ».

Un Alain Geiger dépité en conférence de presse

Les chiffres de la rencontre

Le nombre de spectateurs annoncés au Stade de Genève. Il s’agit de la 2e meilleure affluence contre Lugano depuis 1955 après les 16’000 spectateurs du 16 novembre 1969 aux Charmilles.

Le nombre d’années minimales qui sépareront la dernière victoire en Coupe de Suisse du Servette FC de son prochain trophée.

Le nombre de cartons distribués par M. San au cours des 120 minutes de cette rencontre. Lugano en a récolté 7, soit l’intégralité des joueurs titulaires à vocation défensive, tandis que Jérémy Frick a été averti durant la pause.

Le temps qui sépare l’entrée en jeu d’Enzo Crivelli de son premier carton jaune. Il aurait même pu en recevoir un second en début de prolongation, mais M. San a fait preuve de mensuétude à son égard.

Article rédigé par Bastien Trottet

Publié aujourd’hui à 19:45

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Bastien Trottet

Publié aujourd’hui à 19:45

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