Christophe Ohrel en marge du 8e de finale de la Coupe du monde 1994 face à l’Espagne

Les Servettiens à la Coupe du monde

En cette période de Mondial au Qatar, Lucarne Grenat a voulu faire un petit tour d’horizon des Grenat ayant foulé une pelouse de Coupe du monde alors qu’ils évoluaient sous les couleurs du Servette FC. Nous vous proposons un petit retour en arrière tout en portant un regard sur l’avenir.

  Après un premier tour rondement mené, l’équipe de Suisse s’est qualifiée pour un cinquième 1/8e de finale consécutif. Depuis 2014, la Nati est en effet parvenue à s’extirper de la phase de groupes pour se retrouver avec les grandes nations du football. Cette année, la sélection de Murat Yakin aura fort à faire pour passer l’écueil des 1/8es de finale, elle qui est opposée au Portugal de Cristiano Ronaldo. Une sélection suisse qui ne compte malheureusement aucun joueur du Servette FC dans ses rangs.

À l’heure où les clubs les plus représentés pour cette coupe du monde sont le Bayern, Manchester City et le FC Barcelone, la Super League suisse envoie neuf joueurs dans la plus prestigieuse des compétitions. Ardon Jashari (Lucerne, Suisse), Fabian Rieder (YB, Suisse), Lawrence Ati-Zigi (St-Gall, Ghana) ou encore Mohamed Dräger (Lucerne, Tunisie) en font partie, mais le Servette FC, actuel 2e du championnat suisse, n’a envoyé aucun joueur au Qatar, que ce soit au sein de la Nati, ou dans les 31 autres équipes.

Cependant, l’on retrouve tout de même quelques anciens Grenat qui sont du voyage pour cette Coupe du monde 2022. En tête, Denis Zakaria, qui a malheureusement quelque peu perdu sa place dans la sélection nationale depuis son transfert à Chelsea où il ne joue quasiment pas. Le Genevois a néanmoins fait une entrée remarquée face à la Serbie lors du match décisif de la phase de poule et il continue, année après année, de représenter la ville de Genève (et le Servette FC dans une moindre mesure) au sein de la Nati. L’on pourrait également mentionner Kevin Mbabu, qui faisait la paire genevoise avec Denis Zakaria mais qui n’a malheureusement pas été appelé pour ce Mondial qatari.

Si l’on quitte l’équipe nationale quelques instants, nous pouvons nous diriger vers une autre nation qu’a affronté la Suisse durant la phase de groupes. En effet, au sein du Cameroun, pas moins de deux anciens Servettiens ont été appelés par Rigobert Song. Tout d’abord, Jean-Pierre Nsame, qui n’a pas foulé les pelouses de l’Émirat lors de cette édition, avait enchanté le public de la Praille lors de la saison 2016-2017 en Challenge League. Arrivé d’Angers, le Camerounais avait impressionné par sa percussion, ses déplacements et son sens du but qui lui avaient valu de terminer la saison avec la bagatelle de 23 buts en 31 matchs. Enfin, autre ancien Grenat que l’on retrouve dans cette sélection, Gaël Ondoua avait porté les couleurs servettiennes durant deux saisons (2019-2021). Le solide milieu de terrain a pour sa part fait deux entrées en jeu dans cette Coupe du monde.

Mais voilà, cela fait maintenant… 28 ans et la Coupe du monde 1994 que nous n’avons pas de joueurs grenat qui jouent pour l’équipe nationale lors d’une Coupe du monde. Il y a bien sûr eu des joueurs formés ou passés au club qui y ont participé, mais qui ne portaient plus, à ce moment-là, le maillot Grenat : en 2018 en Russie, Denis Zakaria et François Moubandje étaient du voyage. En 2014, Reto Ziegler et Philippe Senderos s’étaient envolés pour le Brésil. En 2010, Philippe Senderos était également en Afrique du Sud alors qu’en 2006, il inscrivait un but mythique face à la Corée du Sud en Allemagne, accompagné dans l’équipe par un certain Patrick Müller. Mis à part ces cas, le Servette FC n’a donc plus été représenté dans un Mondial depuis près de trois décennies!

Marco Pascolo et son maillot « ensoleillé » à la Coupe du monde 1994

Servette en force durant le 20e siècle

Jusqu’en 1994, Servette est l’un des principaux clubs qui fournissent l’équipe nationale. De Marco Pascolo à « Jacky » Fatton, passant par Christophe Ohrel ou Eugène Parlier, nombreux sont les grands joueurs de la Nati qui ont porté les couleurs du Servette FC.

C’est auréolé de son titre de champion en 1994 que Servette est l’un des plus grands fournisseurs de la Nati avec 4 joueurs envoyés à la Coupe du monde aux États-Unis. Le gardien Marco Pascolo, le défenseur Andy Egli, le milieu de terrain Christophe Ohrel et l’attaquant Marco Grassi font en effet partie de l’équipe qui atteint les 1/8es de finale de la compétition, et qui tient notamment en échec le pays organisateur (1-1) et écrase la Roumanie du grand Gheorghe Hagi (4-1) lors de la phase de groupes. Le gardien et le milieu de terrain jouent tous les matches de la Nati, connaissant l’élimination en 1/8ème de finale contre l’Espagne. De leur côté, Marco Grassi fait une entrée contre la Colombie lors du dernier match de la phase de poules alors qu’Andy Egli n’aura pas eu une seule minute à se mettre sous la dent.

Avant cette Coupe du monde, Marco Pascolo garde la cage du Servette FC qui remporte le titre de champion suisse. L’emblématique gardien participe également aux tours qualificatifs de la Coupe de l’UEFA, lors desquels le Servette FC domine les Crusaders d’Irlande du Nord avant de subir la loi des Girondins de Bordeaux. Durant le Mondial états-uniens, Marco Pascolo concède 4 buts en phase de groupes avant de subir les foudres de l’attaque espagnole, emmenée par un certain Luis Enrique, et de concéder 3 nouveaux buts pour clore sa compétition. Cela n’enlève cependant rien au talent et au charisme du gardien grenat qui aura défendu la cage helvétique pendant près de 10 ans (1992-2001) et celles du Servette FC (1991-1996 / 2002-2005).

Devant lui, Christophe Ohrel est l’un des détonateurs du 4-4-2 monté par Roy Hodgson. Latéral droit de métier, il est placé en tant que milieu droit. Derrière lui, le défenseur central de cette équipe est une très bonne connaissance du Servette FC actuel. En effet, le capitaine de l’équipe nationale n’est autre qu’Alain Geiger, actuellement entraîneur des Grenat, et qui évoluait au FC Sion à ce moment-là. Champion avec le Servette FC dans la même équipe que Marco Pascolo, Christophe Ohrel aura connu lui 2 belles saisons en Grenat avant de s’envoler pour la France et le Stade Rennais.

 

Les légendaires « Jacky Fatton » et « Gégène Parlier »

Les Grenat sont également bien représentés en 1934 en Italie où ils sont 5 avec Franck Séchehaye, Albert Guinchard, Edmond Loichot, Leopold Kielholz et Raymond Passello. Le club sera d’ailleurs champion cette saison-là avec ces joueurs dans ses rangs. Ils sont 4 en 1938 en France avec Guinchard comme seul rescapé de 1934. Dans les années 1950, la Suisse participera à 2 Coupe du Monde. Elle aura 3 représentants servettiens dans ses rangs en 1950 au Brésil et 3 en 1954, lors de la Coupe du monde à la maison. Parmi ces Servettiens, 2 méritent particulièrement d’être mentionnés.  Tout d’abord, comment ne pas parler de la légende du Servette FC Jacques Fatton, dit « Jacky ». Ce petit gabarit était un redoutable finisseur qui a fait quasiment toute sa carrière au club (1943-1954 / 1957-1963). En 17 ans et 397 matchs, il aura inscrit… 317 buts, ce qui fait de lui encore et toujours le meilleur buteur de l’histoire du club. Il aura également marqué son époque et l’histoire de l’équipe nationale lors de la Coupe du monde 1950 au Brésil. En effet, Jacky inscrit un doublé face au Brésil des vedettes Ademir et Baltazar devant leur public et réalise l’exploit te tenir la nation hôte en échec (2-2). Malheureusement, la Suisse sera éliminée au premier tour.

Quatre ans plus tard, en 1954, il sera également le fer de lance du bon parcours de la Nati dans sa Coupe du monde, notamment joué aux Charmilles. Lors de ce Mondial, c’est un autre homme du Servette FC qui deviendra mondialement célèbre. La Nati, qualifiée pour les quarts de finale, affronte l’Autriche. À la Pontaise, devant 31’000 spectateurs, Eugène Parlier, dit « Gégène », est le gardien de l’équipe nationale. Victime d’une grave insolation, le gardien du Servette FC ne pourra rien faire face aux tirs adverses. Après avoir mené 3-0, la Nati s’incline finalement… 7-5 en quarts de finale, ce qui constitue encore aujourd’hui son meilleur résultat. Quelques semaines plus tard, la Nati affronte la Hongrie en match amical. Désireuse de laver l’affront de la défaite en finale à Berne face à l’Allemagne de l’Ouest, la meilleure équipe du monde passe un savon à la Nati, pour s’imposer 3-0. Devant 100’000 specateurs (!), Eugène Parlier réalisera… 64 parades et arrêtera un pénalty du légendaire Ferenc Puskás!

Nicolas Vouilloz fera-t-il un jour partie du cadre A de l’équipe nationale?

Servette à nouveau fournisseur de grands talents?

Ces dernières années, Servette n’a plus tant fourni les sélections nationales. Un manque en grande partie dû aux déboires du club, relégué dans des divisions inférieures, ne pouvant alors garder ses jeunes talents.

Servette n’a donc pas de représentant cette année à la Coupe du monde. Quelques joueurs de l’effectif sont pourtant régulièrement appelés par leur équipe nationale. C’est le cas notamment de Miroslav Stevanovic qui est devenu incontournable avec la Bosnie ou de Boris Cespedes qui a pu affronter Lionel Messi ou Neymar avec la Bolivie. Malheureusement pour eux, leurs nations respectives ne sont pas parvenues à se qualifier pour le Mondial qatari.

S’il n’y a pas de grandes chances de retrouver les deux derniers nommés lors d’une Coupe du monde, il faut peut-être se tourner vers la formation servettienne qui continue de faire éclore de nombreux talents. Servette étant maintenant à nouveau attractif, ces jeunes joueurs talentueux, qui pourraient connaître un avenir en Coupe du monde, pourraient peut-être encore porter le maillot grenat à ce moment-là.

Le premier qui nous vient tout naturellement en tête est Diogo Monteiro. Le jeune défenseur central de 17 ans a connu ses premières minutes en Super League à l’âge de 16 ans et 1 mois (!) et se présente comme un immense talent de l’académie servettienne. Et pas seulement. Le jeune Portugais est en effet capitaine des moins de 17 ans de la sélection portugaise et a connu ses premières minutes avec les moins de 19 ans. Même si cela ne sera pas facile de se faire une place dans la charnière centrale du Portugal, Diogo Monteiro aura sûrement sa chance. Le jeune défenseur central avait en tout cas impressionné lors de sa seule titularisation en Super League, face à YB qui plus est.

Autre promesse au sein du club, Nicolas Vouilloz est devenu indiscutable dans la défense servettienne. Le solide défenseur genevois, qui fait la paire avec Yoan Séverin (puis Steve Rouiller depuis la blessure de Séverin), n’est pas étranger au bon début de championnat du Servette FC, qui est la 3e meilleure défense de Super League. Le jeune homme de 21 ans est également régulièrement titulaire avec les moins de 21 ans de l’équipe nationale, ce qui laisse entrevoir un avenir avec l’équipe première. La Suisse démontrant qu’elle est devenue une nation qui compte, Nicolas Vouilloz n’aura pas le problème que peuvent avoir Miroslav Stevanovic ou Boris Cespedes avec leur sélection respective.

Le dernier jeune joueur de l’académie qui pourrait espérer être sélectionné avec l’équipe nationale ces prochaines années est Théo Magnin. Le jeune latéral, qui a débuté contre le Stade Nyonnais en Coupe de Suisse (4-1), obtient de plus en plus de temps de jeu de la part de son entraîneur Alain Geiger et possède de nombreuses qualités qu’il espère pouvoir mettre à profit de son équipe nationale un jour. En Coupe du monde?  

Avec ces jeunes joueurs talentueux, Servette va peut-être redevenir un club qui fournit nombre d’équipes nationales. Avoir son club être representé lors de la plus prestigieuse des compétitions footballistiques est un rêve qui sera peut-être à nouveau atteint dans les prochaines années, peut-être même dès 2026. En attendant, fin janvier, nous retrouverons ces jeunes tous les week-ends avec les Grenat pour aider le club à rester en haut du classement de Super League.

Article rédigé par

Gaëtan Pembele et Thomas Zinguinian

Publié le 6 décembre 2022 à 14:00

Article rédigé par
Gaëtan Pembele et Thomas Zinguinian

Publié le 6 décembre 2022 à 14:00

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