Jocelyn Gourvennec s’est confié avant le déplacement chez le tenant du titre.

Crédit photo : Lucarne Grenat

Servette veut confirmer face à Thoune

Pour la traditionnelle conférence de presse d’avant-match, David Douline et Jocelyn Gourvennec se sont prêtés au jeu des questions. Le coach des Grenats, désormais habitué de l’exercice depuis plus d’un an, était cette fois accompagné de son milieu de terrain. Pas de salle pleine, ni de ballet de caméras et de projecteurs aujourd’hui. Plutôt un tête-à-tête, dans une ambiance nettement plus intimiste, pour répondre aux questions avant les déplacements à Thoune et Berne.

Après un début de saison qui a longtemps ressemblé à une partie d’échec, le Servette FC a enfin retrouvé le goût de la victoire dimanche dernier. Un succès dans le derby face au Lausanne-Sport, à l’extérieur et dans un contexte particulier, sans supporters ni ambiance dans les tribunes. Pas exactement le décor rêvé pour un derby, mais largement suffisant pour ramener les trois points. 

« L’important dans un derby, c’est de le gagner », résume David Douline. Simple, limpide, difficile de lui donner tort. Le milieu de terrain reconnaît toutefois que le contexte était particulier : « Un derby, c’est un match où il y a beaucoup d’engagement. On sait que c’est important pour les supporters. Quand il n’y a pas de bruit, c’est particulier. »

Le problème, c’est que le calendrier n’a visiblement pas prévu de laisser les Grenat savourer très longtemps. Après Lugano, Saint-Gall puis Lausanne, voilà Thoune et Berne au programme. Une nouvelle semaine anglaise, avec son lot de kilomètres, de synthétique et de jambes qui commencent à tirer.

Douline ne s’en cache pas. Le calendrier ne fait pas franchement de cadeaux au Servette FC. La semaine précédente, les Grenats avaient dû composer avec un déplacement à Lugano, suivi de Saint-Gall seulement deux jours et demi plus tard. Pendant ce temps, les Brodeurs avaient bénéficié d’un jour de récupération supplémentaire.

Dans le football professionnel, une journée de récupération en plus ou en moins, ce n’est pas anecdotique : « Quand on est joueur, on sait que trois jours de récup’, c’est un désavantage par rapport à quatre jours », rappelle le milieu servettien.

Et comme si cela ne suffisait pas, le synthétique arrive ensuite dans l’équation. Une surface que Gourvennec préfère manifestement éviter lorsque cela est possible, notamment en raison des contraintes physiques qu’elle impose. « Le jeu est différent, les rebonds ne sont pas les mêmes, le ballon file beaucoup plus, les appuis ne sont pas les mêmes », explique l’entraîneur. Même sport, mais pas vraiment les mêmes jambes à la sortie.

Autre sujet abordé, la situation personnelle de David Douline. Moins souvent titulaire en ce début de saison, le milieu de terrain n’a évidemment pas sauté au plafond. Mais pas question non plus de transformer sa frustration en feuilleton de vestiaire.

« C’est une situation qui n’est jamais agréable. Tous les joueurs préfèrent jouer les matchs, être titulaires, être importants », reconnaît-il. Sans oublier la règle numéro un d’un joueur pro. Être prêt. 

Son rôle ne se limite d’ailleurs plus seulement à courir, récupérer et jouer des coudes. Cadre du vestiaire, Douline participe également à l’intégration des nombreuses recrues arrivées tardivement. Une tâche devenue particulièrement importante après un mercato animé. « C’est à nous de faire en sorte de les intégrer au mieux. Avec des victoires, c’est plus facile », sourit-il.

Sur le terrain, Servette doit également apprendre à vivre sans Timothée Cognat. Un joueur dont l’influence dans l’animation offensive n’est plus à démontrer. Avec Pedro Naressi aux côtés de Douline, les rôles évoluent. « Avec Cognat, je connais mon rôle. Je dois être devant la défense, préparer le jeu et être là en cas de perte de balle. Avec Pedro, c’est différent. Les rôles sont plus mobiles », détaille Douline.

Le duo doit donc apprendre à fonctionner ensemble, tout comme le reste du secteur offensif. Car si la défense semble déjà avoir retrouvé ses automatismes, le chantier est encore ouvert devant. Et c’est probablement là que se trouve l’un des principaux paradoxes du début de saison servettien. Une équipe capable de défendre correctement, de récupérer des ballons et de s’installer dans le camp adverse, mais qui peine encore à transformer cette domination en buts. « Depuis le début, on a manqué d’efficacité dans la surface adverse », estime Douline. Les occasions sont là, les ballons aussi. Il manque simplement cette chose assez pratique dans le football. Les mettre au fond.

Quelques minutes plus tard, Jocelyn Gourvennec a repris le relais. Le coach grenat partage le constat de son milieu sur le chantier offensif. « On doit refaire un jeu d’attaque », explique-t-il. Pas question pour autant de jeter à la poubelle ce qui a été construit la saison dernière. Les principes restent les mêmes, mais les hommes ont changé.

Trois recrues sont arrivées depuis à peine une semaine au moment de la conférence de presse. Ajoutez les retours de blessure, les jeunes qui poussent, les départs de Florian Ayé et Junior Kadile en fin de mercato, et vous obtenez un puzzle dont certaines pièces viennent à peine d’être sorties de la boîte. « Le temps fera son œuvre », souffle Gourvennec. Mais le temps, dans le football, est une denrée aussi rare qu’une qualification de l’Italie à la coupe du monde.

S’il y a bien un secteur qui donne satisfaction, c’est l’arrière-garde. Gourvennec estime que cette solidité n’est pas le fruit d’un travail défensif radicalement différent de la saison dernière, mais plutôt celui d’habitudes qui commencent à s’ancrer. Les cadres sont toujours là, certains jeunes prennent de l’épaisseur et les recrues se sont rapidement fondues dans le collectif. Bürch, Mendes, Maceiras, Alix, ou encore Lilian Njoh participent ainsi à cette continuité. « Les joueurs se connaissent mieux », résume le technicien.

Et ce n’est pas seulement une affaire de défenseurs. Pour Gourvennec, les offensifs jouent eux aussi un rôle important dans cet équilibre. Un bloc qui travaille ensemble, encaisse moins, forcément. Reste maintenant à faire exactement la même chose, mais avec le ballon.

Avant Thoune, la question de la surface revient forcément sur la table. Gourvennec compare le passage de l’herbe au synthétique à celui du tennis sur terre battue et sur dur. Même sport, mêmes joueurs, mais sensations et contraintes différentes. « Je préfère quand on joue sur herbe », concède-t-il.

Servette devra pourtant s’adapter. Trois matchs en six jours obligent le staff à jongler avec la récupération, les petites tensions musculaires et les changements de surface. Un exercice d’équilibriste qui explique aussi pourquoi certaines séances sont adaptées en conséquence.

Et la liste des blessés n’aide évidemment pas.

Cognat, Frick, Vincent, mais aussi plusieurs joueurs incertains. Le staff doit composer avec une infirmerie qui commence à prendre de la place. Rouiller et Ouattara sont notamment gênés musculairement après les dernières rencontres. Gourvennec attendra donc les dernières nouvelles avant de trancher. 

Thomas Lopes, lui, poursuit son retour progressif. Après plusieurs mois quasiment sans jouer, le jeune offensif a besoin de rythme, de minutes et surtout de retrouver les sensations. « C’est un joueur qui est capable de faire des différences énormes », rappelle Gourvennec. Mais pas question de le brûler. Les entraînements, les bouts de match et les rencontres avec les M21 doivent lui permettre de retrouver progressivement ses jambes. Et peut-être aussi un peu de confiance.

Le mercato a aussi modifié le profil de l’équipe. Là où Cognat apporte créativité et maîtrise, certaines recrues offrent davantage de vitesse et de puissance. Gourvennec cite notamment Karlsson, Fofana, Mutandwa et Lambourde. Une autre palette offensive pourrait donc apparaître : davantage de transitions, de profondeur et de percussion.

Le système pourrait lui aussi évoluer. 4-4-2, 4-2-3-1 : peu importe finalement la tactique de base. L’important est surtout de savoir comment les joueurs occupent les espaces. « Les principes restent les mêmes », assure Gourvennec. Les profils, eux, permettent de faire varier la partition.

Reste une donnée impossible à ignorer. Les supporters commencent à s’impatienter. Les ambitions affichées par le club en début de saison ont naturellement créé des attentes. Et lorsque les résultats ne suivent pas immédiatement, les réseaux sociaux se chargent généralement de rappeler que la patience n’est pas la vertu première du supporter de football. 

Gourvennec peut comprendre cette impatience.

Mais il rappelle également une réalité ; trois recrues sont arrivées très tardivement et l’équipe doit reconstruire une partie de son animation offensive. « Je n’ai pas de baguette magique », lâche-t-il. Une phrase qui résume finalement assez bien la situation. Le Servette n’a pas besoin de tout recommencer, mais de remettre certaines pièces au bon endroit. La victoire à Lausanne a permis de respirer un peu. Il faut maintenant confirmer.

Car en ce début de saison, quelques points suffisent encore à passer du sourire à la grimace. Et inversement.

Le mercato est terminé. Les interrogations sur les départs sont rangées au placard jusqu’à janvier. Florian Ayé et Junior Kadile ont quitté le navire en toute fin de mercato, mais le groupe sait désormais avec qui il va devoir avancer. Le message est donc limpide : moins de bruit, plus de travail. Servette a retrouvé la victoire dans le derby. Il lui reste désormais à retrouver son jeu. Et ça commence dès Thoune.

Jocelyn Gourvennec face aux journalistes.

Crédit photo : Lucarne Grenat

Article rédigé par
Nicola Di Nardo

Publié le 15 septembre 2026

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