Kingstone Mutandwa a inscrit son premier but avec le Servette FC.

Crédit photo : Loïc Chardonnens

Servette gagne, le football attendra

Le Servette FC se déplaçait aujourd’hui au Stade de la Tuilière pour y affronter le Lausanne-Sport, dans un derby lémanique qui sentait bon la poudre… ou plutôt la lutte pour la survie. En bas du classement, ce match pouvait difficilement porter un autre nom que celui de derby de la peur.

Les Grenat restaient sur deux défaites consécutives. Lausanne, de son côté, traînait cinq matchs sans victoire. Difficile de faire pire pour les deux équipes. Alors, forcément, il fallait bien que quelqu’un se décide à relever la tête.

Et pourtant, à peine le coup d’envoi donné que Servette manque de s’offrir un premier cadeau empoisonné. Pedro Naressi se fait intercepter plein axe par Omar Janneh. L’attaquant lausannois avance, arme et frappe. Edvinas Gertmonas veille au grain et repousse en corner. Première minute, premier coup de chaud. On a demandé un derby, on a été servi.

Servette réagit dans la foulée. Les Genevois mettent le pied sur le ballon, s’installent dans le camp lausannois et cherchent rapidement à approcher les cages de Melvin Mastil. La défense repousse, corner. Sans danger. Les premières minutes sont engagées, nerveuses, à défaut d’être toujours maîtrisées. Bref, dignes d’un derby.

Les deux équipes se répondent coup pour coup, les défenseurs sont sollicités, Gertmonas aussi. Dans les tribunes, en revanche, c’est une autre histoire. Les supporters genevois ne sont toujours pas entrés dans le stade à la 10e minute, tandis que le Kop lausannois décide de sortir par solidarité. Et il ne reviendra pas. Ni l’un ni l’autre. Un silence de plomb pour un derby qui devait pourtant faire du bruit

À défaut d’avoir du bruit dans les tribunes, il y a de l’agitation sur la pelouse. Envie, engagement, fautes : le menu est complet. Ce qui manque, en revanche, c’est du football. Des actions, du jeu construit, et surtout plus de trente secondes sans coup de sifflet.

Après un début de match intense, les deux équipes lèvent progressivement le pied. Personne ne veut prendre le risque de faire la première erreur. Alors on observe, on attend, on guette la moindre brèche. Un football prudent, presque comptable. Un match qui, par moments, avait des airs de Challenge League.

Lausanne a davantage le ballon, mais ne parvient pas vraiment à se montrer dangereux. Même sur un coup franc obtenu aux abords des seize mètres servettiens, le LS ne trouve pas la faille. La frappe termine dans le mur, puis le jeu est finalement interrompu pour une faute.

À la 31e minute, toujours aucune frappe cadrée pour le SFC. Mais les Grenats sont tout proches d’ouvrir le score sur un joli coup de billard dans la surface lausannoise. Kingstone Mutandwa récupère le ballon au point de penalty, frappe, mais voit sa tentative contrée in extremis par un défenseur.

Le problème, lui, est devenu presque habituel. Les matchs passent, les adversaires changent, mais l’animation offensive servettienne reste en panne. Derrière, les Genevois savent conserver le ballon. Au milieu, ils arrivent à le faire circuler. Mais dès qu’il faut accélérer, trouver la dernière passe ou même celle d’avant, le moteur tousse. Pas de combinaison, peu de mouvements, encore moins d’alchimie. L’attaque ressemble parfois à un groupe WhatsApp dans lequel personne ne répond. À ce rythme, il faudra plus qu’un simple exploit pour faire trembler les filets.

Au retour des vestiaires, même scénario. Lausanne repart immédiatement à l’assaut et Morgan Poaty déborde avant de centrer vers Omar Janneh. L’attaquant place sa tête, mais expédie le ballon dans les tribunes.

Puis à la 47e minute, un miracle. 

Miroslav Stevanovic pénètre dans la surface et s’écroule après un tacle lausannois. Sandro Schärer laisse d’abord jouer avant que la VAR ne l’invite à revoir les images. Après consultation, il désigne le point de penalty.

Kingstone Mutandwa prend ses responsabilités. Frappe sèche, pleine puissance. Mastil est battu (0-1). Le numéro 7 inscrit son premier but sous le maillot servettien et offre surtout un immense bol d’air à Jocelyn Gourvennec. Dans un match où le football avait parfois déserté la Tuilière, Servette vient de trouver la chose la plus précieuse : l’efficacité.

Dix minutes plus tard, Lausanne manque de peu de remettre les compteurs à zéro. Levy Nene se charge d’un coup franc aux vingt mètres. Gertmonas est battu, mais le montant sauve les Grenats. Le ballon revient jouer avec les nerfs servettiens avant que la défense ne puisse souffler.

Servette semble pourtant plus serein. Les Genevois maîtrisent davantage les débats et commencent même à se rapprocher régulièrement de la cage de Mastil. Mutandwa est encore tout près du doublé, mais sa tête termine sur le poteau. La Tuilière était à deux doigts de s’éteindre pour de bon.

Mais Lausanne n’abdique pas. Nene tente encore sa chance et voit sa frappe passer tout près du poteau. Puis Bah Mendes se procure à son tour une opportunité. Le LS pousse, Servette recule. Et, pour la première fois, la deuxième période ressemble davantage à un match de football. Plus de rythme, davantage d’occasions, moins de peur. À la 70e minute, Lausanne compte sept tirs contre neuf pour Servette. Les statistiques commencent enfin à ressembler à celles d’un derby plutôt qu’à celles d’une partie d’échecs disputée sous sédatif.

Le problème, c’est que Lausanne pousse désormais franchement. Depuis plusieurs minutes, les Grenats ne parviennent plus à ressortir proprement le ballon. Les centres pleuvent, les corners s’accumulent et Gertmonas voit passer devant lui suffisamment de ballons pour se croire à un entraînement spécifique.

Les hommes de Luka Elsner mettent la pression, mais butent sur ce qui constitue finalement le principal point fort servettien cette saison : sa défense. Les Grenats font le dos rond, repoussent les vagues et annihilent les tentatives lausannoises. Même les coups francs ne donnent rien. Dans le mur. Le scénario est désormais limpide. Lausanne attaque. Servette défend. Les tribunes râlent. Les Grenats dégagent. Lausanne revient. Servette recommence.

Et ainsi de suite. Pas franchement glamour. Mais terriblement efficace.

Servette n’a pas remporté ce derby en récitant une partition de football total. Loin de là. Les Genevois ont encore montré leurs limites offensives, leur manque de liant et leur difficulté à produire du jeu dans les trente derniers mètres. Mais dans un match où il fallait surtout éviter de sombrer, les Grenat ont fait ce qu’il fallait. Un penalty, un poteau, une défense solide et beaucoup de courage pour tenir lorsque Lausanne a poussé.

Alors, trop forts ? Non. Plus opportunistes que le LS, surtout.

Cette victoire permet surtout au Servette FC de quitter la zone rouge et de respirer un peu. Impossible, évidemment, de savoir si les Genevois sont réellement de retour ou s’il ne s’agit que d’un feu de paille dans un début de saison toujours poussif. Mais aujourd’hui, on ne leur demandait pas de faire rêver. On leur demandait de gagner. Ils l’ont fait. Et dans un derby de la peur, c’est déjà beaucoup.

David Datro Fofana a obtenu sa première titularisation en Grenat.

Crédit photo : Loïc Chardonnens

Article rédigé par
Nicola Di Nardo

Publié le 13 septembre 2026

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