
Formée à Lyon, Daïna Bourma clame son amour pour Genève.
Crédit photo : Maria Symchych
“Mon coeur est Servettien”
Il y a cinq ans, le Servette FC Chênois Feminin avait découvert la Ligue des champions avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Six défaites, zéro but et une bonne piqûre de rappel sur l’écart qui séparait encore les Grenat du très haut niveau européen. Cinq ans plus tard, le décor a changé. Et pas qu’un peu.
Le Servette de l’époque n’est plus celui d’aujourd’hui. L’effectif s’est professionnalisé, l’entraîneur à changé, l’expérience s’est accumulée et le club a surtout passé cinq années à construire, travailler et grandir. Une éternité dans le football, suffisamment longue pour transformer une première expérience douloureuse en véritable projet européen.
Alors forcément, au moment de remettre les pieds dans cette grande cour européenne, le discours n’est pas franchement celui d’une équipe venue chercher quelques photos souvenirs. Servette veut jouer. Mieux, Servette veut performer.
Le nouveau format de la compétition offre justement aux Genevoises la possibilité de se mesurer à des équipes dont le niveau peut être comparable. Une manière de mesurer les progrès accomplis même si le premier adversaire ressemble à une montagne infranchissable.
Car parmi les équipes qui font rêver ou trembler figure notamment l’Olympique lyonnais. Et difficile de trouver un adversaire plus particulier pour la capitaine servettienne Daïna Bourma, formée dans le Rhône et qui a grandi avec cette institution du football féminin.
Elle le revendique d’ailleurs sans détour, elle est lyonnaise. Mais demain, son cœur sera grenat. « Mon cœur est servettien et je vais tout donner pour ce maillot. » Voilà pour les sentiments. Pour le reste, il faudra surtout jouer.
Le scénario aurait presque pu être écrit par un scénariste un peu trop romantique. Selma Bacha et Bourma ont grandi ensemble, partagé une partie de leur formation, les mêmes souvenirs et elles vont désormais se retrouver face à face. Les familles regarderont le match depuis la télévision, les émotions viendront probablement au moment de se croiser avant le coup d’envoi. Puis le match commencera.
Et là, fini les retrouvailles.
« Aujourd’hui, on est des amies, des sœurs, mais demain, sur le terrain, on sera concurrentes », explique la capitaine. Le football a parfois ce drôle de talent pour transformer les meilleures amies en adversaires pendant 90 minutes.
Pour Cristian Toro, le principal danger serait finalement de vouloir devenir une autre équipe sous prétexte que l’adversaire est plus fort.
Le Servette qui a décroché le championnat, la Coupe et cette qualification doit rester le Servette qui entrera sur la pelouse. Avec son identité, ses principes et cette petite dose de folie nécessaire lorsqu’on décide d’aller chatouiller les meilleures.
« Ne pas arrêter d’être nous-mêmes », voilà le mot d’ordre.
Évidemment, il faudra s’adapter. À ce niveau, chaque détail peut coûter cher. L’intensité monte d’un cran et les erreurs se paient souvent cash. Le système pourra évoluer, le plan devra parfois être ajusté en cours de route.
Mais la peur n’est pas invitée à la fête.
« Si on n’y croit pas, ça ne sert à rien d’y aller. »
Difficile de faire plus clair.
Le calendrier, lui, n’a rien d’une promenade de santé. Jouer tous les trois jours fatigue les jambes, mais aussi les têtes. La capitaine le reconnaît, le plus difficile est peut-être moins physique qu’émotionnel.
Mais cette fatigue-là, elle préfère encore l’avoir que de revenir à une routine hebdomadaire. Parce que si Servette veut réellement s’installer à ce niveau, il faudra apprendre à vivre avec ces semaines où les matchs s’empilent et où le repos devient une denrée rare. Et puis il y a cette petite phrase qui résume assez bien l’état d’esprit du groupe.
Servette n’a pas encore marqué ni pris de point en Ligue des Champions. Sur le papier, ça pourrait ressembler à une invitation à la prudence. Dans le vestiaire, visiblement, c’est plutôt l’inverse.
« Si tout le monde pense qu’on va perdre ? Non, ça ne fonctionne pas comme ça. On joue les matchs pour les gagner. »
Pas de complexe d’infériorité, donc. Pas de tournée européenne pour faire joli.
Il y a cinq ans, Servette était venu découvrir. Cette fois, les Grenat viennent voir jusqu’où elles peuvent aller. Et accessoirement, rappeler à l’Europe qu’entre le Servette qui avait pris six défaites sans inscrire le moindre but et celui qui débarque aujourd’hui, il s’est passé cinq années de boulot. Cinq années pour apprendre et progresser. Maintenant, place à la démonstration.

Christian Toro va vivre sa première expérience
européenne à la tête du SFCCF.
Crédit photo : Maria Symchych
Article rédigé par
Nicola Di Nardo
