Patrick Pembélé et les Lions disputeront l’Europe cette saison.

Crédit photo : Loïc Chardonnens

Les Lions veulent changer de dimension!

Mardi, les Lions de Genève ont sorti les griffes pour présenter leur feuille de route. Au programme, grandir, faire mieux et, surtout, s’installer durablement parmi les cadors du basket suisse. Avec un projet qui veut jouer sur deux tableaux, former les talents de demain tout en collectionnant les victoires aujourd’hui. Et si l’Europe veut bien s’en mêler, personne ne dira non.

Avant de regarder vers l’avenir, le président Thierry Moreno est revenu sur la défaite face à Benfica, en huitièmes de finale des qualifications pour la Champions League. Une défaite, certes, mais pas vraiment le genre de soirée à jeter aux oubliettes. « On a perdu mais avec les honneurs face à Benfica », rappelle-t-il. Avant d’en remettre une couche : « On a même pensé pouvoir les battre pendant un petit moment. Malheureusement, la dernière minute 30 nous a été fatale. » De quoi transformer un revers en promesse pour la suite.

Car si la Champions League s’est refermée, l’aventure européenne, elle, ne fait que commencer. Reversés en FIBA Europe Cup, les Lions sont assurés de disputer dix rencontres sur le Vieux Continent. Dix matchs pour apprendre, engranger de l’expérience et, surtout, montrer que Genève n’est pas venu faire du tourisme.

Quelques minutes plus tard, c’est Olivier Grangier, vice-président des Lions, qui a posé les ambitions sur la table. Et pas vraiment de demi-mesure : « L’ambition, c’est non seulement d’être dans le haut du championnat suisse. Mais c’est surtout d’être compétitif également en FIBA Europe Cup. »

Le message est clair. Cette saison sera la première campagne européenne de l’histoire des Lions de Genève. Une première qui aurait pu inciter à sortir les appareils photo et à profiter du voyage. Pas question. Les Genevois ont gagné leur ticket sur le parquet et comptent bien le faire fructifier. Et pour éviter de jouer les touristes en Europe, le club a décidé de mettre les moyens.

Parce qu’on ne décide pas de jouer l’Europe un mardi matin en cochant simplement une case sur un formulaire. Pour les Lions, changer de dimension passe aussi par les coulisses. Infrastructure, professionnalisation du club, encadrement des joueurs, le chantier est aussi important en dehors du parquet que dessus.

Un point était notamment revenu ces dernières saisons : renforcer le staff. Et pas seulement celui qui donne les consignes depuis le banc. Le secteur médical et paramédical a lui aussi été musclé, avec l’objectif d’offrir aux joueurs un accompagnement à la hauteur d’une saison qui s’annonce chargée. Même logique concernant l’effectif. Avec le championnat suisse d’un côté et la FIBA Europe Cup de l’autre, les Lions ont largement élargi leur contingent. Pas question de choisir entre les deux compétitions ni de sacrifier l’une pour l’autre. Il faudra pouvoir courir sur deux fronts, et le club s’est préparé en conséquence.

Mais cette mue ne concerne pas uniquement les joueurs. Le comité devra lui aussi revoir certaines habitudes, mettre en place de nouveaux processus et, peut-être, apprendre à travailler différemment. Une petite révolution interne avec une idée fixe : professionnaliser le club, mais surtout inscrire cette évolution dans la durée. Car l’Europe ne doit pas être un feu de paille. « L’Europe, ce n’est pas un one-shot », rappelle-t-on du côté des Lions. Cette première campagne doit donc servir d’expérience, mais aussi de fondation pour les suivantes.

Et forcément, le rêve a un prix. L’aventure européenne représente environ 300 000 francs supplémentaires, sur un budget avoisinant les deux millions. Une somme loin d’être anodine. Le club souhaite donc trouver les moyens de donner une certaine autonomie financière à ce projet, notamment grâce à la billetterie et au sponsoring, plutôt que de puiser dans les ressources destinées à la SBA.

En clair, les Lions veulent jouer en Europe, mais ils veulent surtout pouvoir y rester. Et pour cela, il faudra que tout le club se mette au diapason.

Pour partir à l’assaut de la Suisse et de l’Europe, les Lions ont aussi décidé d’élargir la meute. L’idée ? Mélanger les vieux briscards, les joueurs qui connaissent déjà le championnat suisse sur le bout des doigts, et les jeunes pousses capables de devenir les visages de demain. Parce que s’offrir une armada de joueurs estampillés expérience européenne aurait surtout eu le mérite de faire exploser le budget.

Le club a donc préféré miser sur un savant mélange. Des joueurs suisses ou américains habitués aux joutes helvétiques, quelques internationaux, mais aussi plusieurs jeunes à fort potentiel. Parmi eux, certains connaissent déjà la maison et auront cette saison l’occasion de grandir au contact des plus expérimentés.

Dans la catégorie des nouveaux visages, Ty Johnson (arrière) débarque notamment avec l’étiquette du nouvel Américain des Lions, tandis que Corey Floyd (meneur), rookie issu d’une grosse université américaine, doit apporter sa polyvalence, sa capacité à scorer et surtout un peu de création. À leurs côtés, plusieurs joueurs connaissent déjà le championnat suisse et auront la responsabilité d’apporter ce supplément d’expérience nécessaire pour ne pas se faire manger tout cru par l’Europe.

Mais le projet genevois ne s’arrête pas à une addition de CV. Le club veut aussi construire une véritable identité locale. Et pour cela, difficile de faire l’impasse sur les talents du coin. Tony Rocak, Genevois parti tenter sa chance outre-Atlantique avant de revenir au bercail, incarne parfaitement cette volonté. International suisse, expérimenté et formé loin de Genève, il rejoint un projet qui veut voir les meilleurs talents genevois porter à nouveau le maillot des Lions lorsqu’ils sont disponibles.

Même logique avec les jeunes – Jahlen Joly par exemple – qui viennent garnir un effectif pensé pour préparer l’avenir autant que le présent. Certains auront également du temps de jeu avec la Ligue B, histoire de ne pas brûler les étapes. L’Europe, oui. Mais pas question de jeter les gamins directement dans le grand bain sans bouée.

Et puis il y a les anciens. Ceux qui connaissent la maison, ses habitudes et ses exigences. Isaiah Williams entame ainsi sa troisième saison avec les Lions et représente déjà l’un des visages familiers du projet. Noe Anabir, capitaine et véritable relais entre le parquet, le vestiaire, le public et le comité, reste lui aussi une pièce centrale de l’édifice.

Paul Gravet, actuellement en phase de récupération après sa blessure avec l’équipe de Suisse, doit encore patienter avant de retrouver les parquets. Son retour est espéré entre décembre et janvier. Une autre pièce expérimentée qui viendra, à terme, élargir encore les possibilités du groupe.

Et comment oublier Juwann James, le « tonton » du vestiaire, bientôt quarante ans et une carrière qui remonte à 2012 avec l’Union de Genève. Un monument local, mais aussi un symbole. Premier Américain à avoir remporté un titre avec Genève, il sera là pour cette première campagne européenne. Une manière, encore une fois, de rappeler que cette aventure ne se résume pas à une question de résultats.

Même chose avec Kevin Kalu, intérieur athlétique et spectaculaire, qui a découvert l’Europe la saison dernière en République tchèque, ou encore Omar Ali, jeune intérieur puissant et prometteur.

Bref, les Lions ont empilé les profils, mais pas au hasard. De la jeunesse, de l’expérience, des joueurs venus d’ailleurs et surtout quelques racines profondément genevoises. Une équipe construite pour jouer l’Europe, certes, mais aussi pour raconter quelque chose.

Sur le banc, même volonté d’apporter de l’expérience. Le staff accueille Pavle Badovinacqui connaît particulièrement bien les joutes européennes, passé notamment par le Partizan Belgrade puis par l’Aris en Grèce. De l’EuroLeague à l’EuroCup, il arrive avec quelques heures de vol dans les bagages. Parce que pour apprendre l’Europe, autant demander conseil à ceux qui ont déjà pris l’avion.

Sur le papier, les Lions ont donc coché plusieurs cases, de l’expérience pour encaisser les soirées européennes, de la jeunesse pour préparer les lendemains et suffisamment de culture genevoise pour ne pas perdre l’ADN du club en chemin. Reste désormais à transformer cette belle promesse en réalité sur le parquet.

Car entre vouloir jouer l’Europe et y exister, il y a une belle différence. Les Lions ont décidé de les parcourir à plusieurs, avec un effectif élargi, un staff renforcé et une ambition qui dépasse largement les dix matchs européens à venir. Genève a désormais rendez-vous avec l’Europe. Et pas question de regarder le paysage depuis le bus.

Noe Anabir reste le capitaine des Lions.

Crédit photo : Loïc Chardonnens

Article rédigé par
Nicola Di Nardo

Publié le 24 septembre 2026

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