
Jocelyn Gourvennec a-t-il trouvé la formule gagnante?
Crédit photo : Loïc Chardonnens
Les Grenat sortent enfin du brouillard
Deux victoires de suite. Quatre buts inscrits face à Thoune, et surtout, un Servette qui semble enfin avoir retrouvé un peu de carburant après un début de saison poussif. À quelques heures d’affronter YB, Jocelyn Gourvennec et Mathis Lambourde se sont présentés en conférence de presse avec un discours assez similaire : le groupe va mieux, et ce n’est probablement pas un hasard.
« Le fait d’avoir maintenant tout le monde là, tout le monde focus, ça change beaucoup de choses », résume Gourvennec. Autrement dit, le mercato est terminé, les joueurs qui étaient susceptibles de partir sont toujours là, les recrues offensives sont intégrées et l’attention peut enfin se porter exclusivement sur le terrain. Une stabilité qui manquait cruellement aux Grenat ces dernières semaines.
Avec elle, quelques armes supplémentaires. Karlsson, Mutandwa et Fofana ont rejoint l’effectif en fin de mercato, tandis que Lambourde, et les autres éléments offensifs peuvent désormais offrir davantage de solutions. « On a plus de joueurs pour finir les actions, on a plus de tranchant », estime le technicien français. Une petite différence sur le papier, mais potentiellement énorme sur le rectangle vert.
Le Servette du début de saison avait parfois donné l’impression de jouer avec le frein à main. Trop prévisible, pas suffisamment dangereux, et surtout incapable de faire suffisamment mal dans les derniers mètres. Le match nul contre Lucerne, alors que les visiteurs évoluaient à dix pendant plus d’une heure, avait parfaitement résumé le problème. Aujourd’hui, Gourvennec veut voir autre chose : « créer de l’incertitude chez l’adversaire ».
Parmi les nouveaux visages chargés d’apporter cette fameuse incertitude, Mathis Lambourde. Le jeune Français, déjà buteur cette saison, reconnaît qu’il lui manque encore cette régularité qui transforme les éclairs en véritable danger permanent.
À droite, à gauche, voire dans l’axe : le joueur de 20 ans se dit prêt à tout. Son profil de dribbleur réclame cependant des espaces et des situations de un-contre-un. Or, le Servette actuel évolue davantage dans le jeu placé qu’en transition. « Je n’ai pas forcément eu de situations où je peux vraiment exprimer ma qualité d’un contre-un », explique-t-il.
Pas de panique pour autant. L’acclimatation suit son cours, les automatismes se construisent et l’attaque grenat apprend encore à parler le même football. « À l’entraînement, on essaie de retrouver des connexions. Ça va venir », assure Lambourde.
Une patience qui vaut aussi pour les autres recrues. Deux ou trois semaines ne suffisent évidemment pas à transformer un empilement de nouveaux joueurs en attaque huilée. Mais le dernier match et ses quatre buts ont offert quelques raisons de croire que les connexions commencent à apparaître.
Sur le terrain, Gourvennec ne compte d’ailleurs pas révolutionner sa recette à chaque rencontre. Le 4-4-2, ou plutôt la base 4-2-3-1 capable de se transformer en fonction des phases de jeu, devrait rester le point de départ.
L’idée n’est pas de faire collectionner les systèmes au Servette comme des vignettes Panini, mais d’offrir suffisamment de mouvement pour rendre la lecture du jeu grenat moins évidente. Lambourde peut changer de côté, jouer plus haut ou rentrer dans l’axe. D’autres profils permettent également de modifier l’animation en cours de rencontre.
« L’organisation de jeu est importante pour que les joueurs aient leurs repères. Une fois qu’on les a, on peut moduler », explique Gourvennec.
Et cette profondeur de banc change elle aussi la donne. Pendant une bonne partie de l’été, le Servette devait composer avec de nombreux jeunes en réserve. Aujourd’hui, l’entraîneur peut faire entrer des joueurs capables de maintenir le niveau, voire de changer le scénario d’un match.
Les deux succès récents, à Lausanne puis à Thoune, arrivent donc à point nommé. Pas seulement parce qu’ils rapportent six points, mais parce qu’ils récompensent enfin un groupe qui, selon son entraîneur, n’avait jamais cessé d’y croire.
« Il n’y a pas de meilleur médicament que la victoire », lâche Gourvennec.
Après les défaites frustrantes et les matchs qui basculaient systématiquement du mauvais côté, les Grenat ont enfin connu deux scénarios favorables. De quoi remettre un peu de sourire dans les séances d’entraînement et, surtout, de confiance dans les têtes.
Lambourde confirme : « La machine est lancée. »
Reste maintenant à ne pas la laisser caler au premier feu rouge. YB arrive, invaincu depuis le début de la saison selon Gourvennec, avant la trêve internationale. Un dernier gros morceau pour savoir si Servette est simplement en train de respirer à nouveau ou s’il est réellement en train de lancer sa saison.
Pour le coach, la direction est claire : retrouver progressivement le Servette capable de produire du jeu, de marquer et d’enchaîner. « Le correct, c’est le bien. Et après le bien, c’est le très bien. Et on veut aller vers ça. » Après avoir longtemps cherché le mode d’emploi, les Grenat semblent enfin avoir retrouvé quelques pages du manuel.

Pour Lambourde, le SFC est lancé.
Crédit photo : Loïc Chardonnens
Article rédigé par
Nicola Di Nardo
