
Laura Tufo quitte le Servette FCCF après 9 ans passés au club
Crédit photo : Lucarne Grenat
Laura Tufo, figure incontournable des débuts du Servette FCCF
La défenseuse genevoise de 25 ans vient de quitter Servette Chênois, club qu’elle a rejoint en 2017 lorsqu’il venait de devenir la section féminine du Servette FC. Neuf saisons et six titres plus tard, il est temps de revenir sur le parcours de celle qui fût l’un des piliers de la première décennie d’existence d’une équipe devenue figure de proue du championnat suisse
Des débuts au FC Compesières
Laura Tufo commence le football au FC Compesières, à l’âge de 7 ans. Elle côtoie alors, en juniors D, une certaine Laura Felber, amie d’enfance avec qui elle gravit les échelons jusqu’à rejoindre le projet servettien en 2017 : “C’est jamais arrivé qu’on ne soit pas ensemble. À Compesières, au début, elle était avec les plus fortes et moi avec les un peu moins fortes, donc on n’était pas dans les mêmes équipes; mais après, quand on a fait la sélection ensemble, on était dans les mêmes équipes, que ce soit à Team Genève, puis quand on a entamé ce projet [NDLR : au Servette FCCF].
On était toujours les deux : pour moi c’est normal”. Encore collégiennes, les deux genevoises ne s’imaginent pas encore qu’elles vont grandir avec le club de leur ville et vivre de l’intérieur son chemin vers la professionnalisation. Un parcours qui tire en grande partie ses racines d’un fol après-midi de novembre 2017…
4 novembre 2017 : une première mémorable en Grenat
Samedi 4 novembre 2017, 13h00. Servette Chênois, tout juste né de la collaboration entre le Servette FC et le FF Chênois Genève, reçoit l’une des meilleures équipes du pays, les Young Boys Frauen, en huitièmes de finale de la Coupe de Suisse. Une division sépare alors les deux adversaires, le SFCCF étant pensionnaire de LNB.
Pour la première fois, le Stade de Genève s’apprête à être le théâtre d’une rencontre de football féminin, tandis que Laura Tufo, 16 ans, est sur le point de disputer son premier match en Grenat. Entraînées par Éric Sévérac, les servettiennes subissent dans un premier temps la loi des bernoises et se retrouvent menées 2 buts à 0. Pourtant, loin de baisser les bras, elles parviennent à remonter au score et à arracher des prolongations inespérées.
Le résultat reste ensuite figé, et c’est une folle séance de tirs aux buts qui offre à Servette l’occasion de créer l’exploit. Folle, car il y a 6 à 6 lorsque Laura Tufo s’approche du point de pénalty pour le tir au but décisif. Un pénalty qu’elle transforme, sans trembler, et qui permet au SFCCF de poursuivre son aventure en coupe, mais surtout d’obtenir un premier point de référence dans sa jeune histoire. Neuf ans plus tard, Laura Tufo raconte comment ce moment inoubliable aurait pu ne jamais avoir eu lieu : “C’était très marquant parce que c’était mon premier match en Ligue B à l’époque, et je me rappelle que c’était un peu compliqué parce que je n’étais pas sûre d’être convoquée. Je m’étais trompée de stade à l’entraînement d’avant, parce qu’on s’entraînait dans différents terrains. Donc j’avais appelé l’entraîneur – j’étais au bout de ma vie – et, du coup, ils m’avaient quand-même convoquée ».
Toujours plus haut
L’Europe, avec Servette
Tout s’est accéléré pour Servette Chênois, et donc pour Laura Tufo, après cette victoire en Coupe de Suisse face à YB. A la mi-saison, le club obtient deux renforts de taille : sur le terrain, Sandy Maendly vient apporter son expérience internationale aux Grenat, tandis qu’en coulisses, Servette obtient un premier sponsor officiel sur ses maillots. Continuant sur cette belle dynamique, les joueuses d’Eric Sévérac remportent le titre de LNB et rejoignent l’élite dès la saison 2018-19. Les bons résultats s’enchaînent : quatrièmes pour leur première saison en LNA, puis premières l’année suivante avant que le championnat ne soit suspendu pour cause de Covid, les servettiennes obtiennent, à défaut du titre, une première qualification historique pour la Ligue des Championnes. Le sacre tant attendu aura lieu l’année suivante, offrant au club une nouvelle aventure européenne et une soirée de gala au Stade de Genève contre Chelsea. Laura Tufo évolue ce soir-là devant 12’000 personnes, record d’affluence pour un match de football féminin en Suisse. Elle raconte : “C’était trop bien parce que c’était un des premiers matchs avec beaucoup de supporters au stade de Genève, donc même si on a perdu de beaucoup, il y avait tous les enfants, il y avait un réel soutien et c’était assez mémorable”.
Des titres, et encore des titres
Véritable machine à gagner, le Servette Chênois de Laura Tufo fait preuve, depuis sa montée dans l’élite, d’une remarquable régularité en jouant les premiers rôles en coupe comme en championnat. Cela se traduit par un palmarès qui ne cesse de grandir au fur et à mesure que le club poursuit son chemin vers la professionnalisation. Ainsi, ce ne sont pas moins de 6 titres (3 en championnat, 3 en coupe) qui séparent le SFCCF rejoint par Laura Tufo en 2017 de celui qu’elle quitte cette année, 9 saisons plus tard. En dehors des terrains, Servette a dû se structurer pour répondre aux évolutions du football féminin helvétique et offrir aux joueuses des conditions dignes de leurs efforts, elles qui doivent jongler entre le sport et leur activité professionnelle. Des changements qui ont accompagné la carrière de la défenseuse servettienne : “Servette Chênois est bon dans la professionnalisation du foot féminin. Cette année, ils nous lavaient nos affaires, les entraînements étaient structurés. Il y a plein de choses qui sont mises en place et, honnêtement, c’est un luxe. Moi, s’il n’y avait pas tout ça, je prendrais tout autant de plaisir. Mais c’est vrai que d’arriver et d’avoir toutes ces structures qui sont faites, c’est très bien. Après, il y a toujours des améliorations à faire”.
Quelle suite pour sa carrière ?
En attendant de savoir dans quel club elle rebondira, Laura Tufo continue à étudier la médecine en parallèle du football. Consciente du fait qu’il est particulièrement difficile, en Suisse, de gagner sa vie dans le monde du ballon rond en tant que femme, elle continue néanmoins de s’entraîner pour s’améliorer et s’amuser en pratiquant ce sport qu’elle aime. Une sélection en équipe de Suisse ? “Aujourd’hui, ce n’est pas une priorité, dit-elle, parce que j’ai quand-même mes études à côté. Mais d’un autre côté, je continue à m’entraîner pour être la meilleure version de moi-même, donc c’est une priorité parce que j’essaye de m’améliorer.”

Laura Tufo célèbre avec Therese Simonsson
Crédit photo : Lucarne Grenat
Article rédigé par
Flavio Viggiani
