John Williams s’est exprimé lors d’une conférence de presse spécialement organisée.

Crédit photo : Thomas Zinguinian

John Williams répond aux critiques

Cinq mois après avoir posé ses valises à Genève, John Williams a décidé de mettre les choses à plat. Mercato, feuilleton Kutesa, départs, finances, jeunes et ambitions : le directeur sportif du Servette FC a passé son premier marché des transferts au scanner. Et le message est plutôt clair : les Grenat ne veulent plus être le gentil club suisse où tout le monde vient se servir.

Il y avait quelque chose de différent dans l’air, ce vendredi à la Praille. Pas de Jocelyn Gourvennec, pas de joueur venu réciter les traditionnelles banalités d’avant-match. À la place, John Williams. Le directeur sportif servettien avait visiblement quelques dossiers à poser sur la table avant de répondre aux questions.

Cinq mois après son arrivée, Williams voulait surtout raconter une histoire. Celle d’un Servette qu’il juge encore trop peu considéré dans le petit monde du football suisse. Et celle d’un club qu’il imagine bientôt capable de venir gratter à la porte des plus grands.

« Ma première responsabilité, ça a été de protéger les intérêts du club », explique-t-il. Parce que dans l’esprit de Williams, Servette ne doit plus être le buffet à volonté du championnat. On achète, on vend, on négocie. Mais désormais, les Genevois veulent tenir leur couteau par le manche.

Pour son premier mercato, Williams n’a donc pas simplement cherché à empiler les noms. Il voulait corriger certaines faiblesses de l’effectif : davantage de vitesse, de percussion, de profondeur et de joueurs capables d’éliminer.

Mais aussi autre chose. Une mentalité.

Le nouveau directeur sportif insiste sur l’importance de recruter des joueurs qui ont vraiment envie de venir à Servette, qui acceptent la concurrence et qui possèdent suffisamment de caractère pour participer au projet. Pas question de faire de Genève une simple étape dans un CV.

Et surtout, pas question de reconstruire l’équipe tous les six mois. Les bases sont censées être posées. Les prochains mercatos devront servir à ajuster plutôt qu’à tout chambouler.

Une révolution tranquille, en somme.

Évidemment, impossible de parler de cet été sans évoquer le feuilleton Kutesa. Une histoire qui aura tenu en haleine une partie de la planète grenat avant de se terminer sans happy end.

Williams a tenu à le répéter : le joueur n’était pas le problème.

Servette voulait réellement son retour. Très sérieusement même, puisque le club était prêt à lui proposer un contrat de cinq ans avec un engagement financier présenté comme inédit dans l’histoire du club. Puis deux informations médicales sont venues changer la donne.

Pas question pour Williams d’entrer dans les détails, confidentialité oblige. Mais suffisamment pour que le directeur sportif revoie sa copie. Cinq ans deviennent trois. Servette et le joueur font chacun un effort. Reste l’AEK, qui campe sur ses exigences financières initiales.

Et là, rideau.

L’AEK voulait son million. Servette n’a pas voulu remettre les paramètres de l’opération à zéro comme si rien n’avait changé.

Williams assume.

Pour lui, le problème n’était donc pas de savoir si Servette pouvait mettre davantage sur la table. C’était de savoir si les nouvelles données de l’opération justifiaient toujours le même engagement sur la durée.

Une logique comptable, mais aussi une question de principe pour un directeur sportif qui veut justement apprendre à protéger son club.

Son raisonnement tient en une phrase : si les conditions de la négociation changent, la proposition doit pouvoir changer elle aussi.

Le directeur sportif a également détaillé les coulisses du dossier. Le fameux voyage du joueur à Genève, personne pour l’accueillir, lui trouver un logement, un avion. Bref loin du tapis rouge.  

Williams explique avoir été informé de l’achat d’un billet d’avion peu avant 1 heure du matin, alors que le vol décollait à 7h40. Problème : tant que l’AEK n’avait pas donné son autorisation, Servette ne pouvait officiellement pas entrer en contact avec le joueur en vertu des règles de la FIFA.

L’autorisation est finalement arrivée dans l’après-midi.

L’autre enseignement de cette conférence, c’est que Servette ne semble pas vouloir jouer au casino avec ses finances.

Williams l’assure : la balance commerciale du mercato reste positive. Les départs ont permis de dégager des ressources et le club a pu réinvestir sur plusieurs profils offensifs.

Le cas David Fofana est d’ailleurs présenté comme un joli coup collectif : le joueur a fait un effort, Chelsea a participé à l’opération et Servette n’a pas eu à s’aligner sur les standards de rémunération du club londonien.

La masse salariale, elle, n’aurait pas explosé. Elle serait seulement légèrement supérieure à celle de la saison précédente.

Autrement dit : Servette dépense, mais Servette compte.

Une petite nuance qui semble importante pour Williams. Car l’ambition affichée est grande, mais elle doit pouvoir survivre à la prochaine période de disette.

Sur le terrain, en revanche, il n’y a pas encore de quoi sabrer le champagne.

Williams ne s’en cache pas : les résultats sont insuffisants. Et le dernier match n’était clairement pas au niveau attendu.

Pourtant, les chiffres racontent une drôle d’histoire. Servette possède l’une des meilleures défenses du championnat. Le problème est ailleurs.

Devant.

Manque d’efficacité, renforts arrivés tard, départs intervenus à des moments compliqués : le directeur sportif peut sortir quelques explications du chapeau. Mais certainement pas des excuses.

D’autant que trois joueurs offensifs majeurs ont rejoint le groupe en une semaine.

Le ballon est donc désormais dans le camp de Gourvennec. À lui de transformer ce joli catalogue de recrues en équipe capable de marquer des buts.

L’autre ligne directrice du projet Williams concerne la formation. Et le directeur sportif refuse de promettre de la jeunesse pour mieux l’oublier au premier pépin.

Le raisonnement est simple : si Servette décide de faire une place à ses jeunes, il faut réellement leur donner cette place.

Une blessure ne doit pas systématiquement provoquer le retour d’un joueur plus expérimenté dans la hiérarchie. Sinon, quel message envoyer aux gamins de l’académie ?

Certains auront donc des minutes. Certains devront les arracher. Mais la porte est ouverte.

Au milieu de toutes ces considérations financières, médicales et sportives, une phrase finit forcément par ressortir.

« Dans un avenir proche, Servette doit être capable de se battre pour le titre. »

Voilà le cap.

Pas forcément demain matin. Pas forcément cette saison. Mais bientôt. Williams veut installer Servette durablement dans le haut du classement, retrouver régulièrement l’Europe et construire un effectif capable, un jour, de regarder les Young Boys, Bâle ou les autres prétendants droit dans les yeux. Le mercato est terminé. Les décisions sont prises. Reste maintenant à voir si le Servette de John Williams sera aussi ambitieux sur la pelouse qu’il l’est derrière un micro.

Parce qu’au bout du compte, les projets, les budgets et les belles paroles ont tous le même problème : ils finissent toujours par devoir jouer au football.

John Williams n’a pas caché ses ambitions et sa vision.

Crédit photo : Thomas Zinguinian

Article rédigé par

Nicola Di Nardo

Publié le 11 septembre 2026

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.