
Jarell Simo continue de progresser avec les Grenat.
Crédit photo : Ian Gregori
Au Servette FC, la Coupe pour confirmer, la jeunesse pour convaincre
À la veille de son déplacement à Rotkreuz en Coupe, le Servette FC aborde un rendez-vous où le piège serait de croire que la qualification se gagnera sans effort. En conférence de presse, Jocelyn Gourvennec a rappelé que le sérieux ne se négocie pas, quel que soit l’adversaire. L’occasion aussi de revenir sur la victoire dans le derby, la montée en puissance de Jarell Simo et Thomas Lopes, et la place que le technicien grenat entend accorder à la jeunesse dans son projet.
Il y a des victoires qui rapportent trois points, et d’autres qui donnent quelques raisons supplémentaires de croire au projet. En dominant son rival dans le derby, le Servette FC a coché plusieurs cases, trois buts inscrits, aucun encaissé et une équipe qui n’a jamais vraiment desserré l’étreinte. De quoi offrir quelques sourires à l’entraînement, même si les jambes ont accusé le coup après une rencontre énergivore. « On a continué à presser même en deuxième mi-temps et encore en fin de match », souligne Jocelyn Gourvennec. Un match plein, intense, conforme à ce que le technicien souhaite mettre en place.
Pas question pour autant de sabrer le champagne après une seule bonne prestation. À Servette, le chantier est encore en cours et le coach le sait mieux que personne. Trouver une formule qui fonctionne ne signifie pas qu’il faille s’y enfermer. D’autant que plusieurs cadres manquaient à l’appel, notamment Miroslav Stevanovic et Thimotée Cognat. « Je préfère avoir tout mon effectif », rappelle Gourvennec, qui se réjouit néanmoins d’avoir vu certains joueurs saisir leur chance. Et parmi eux, un nom commence à se faire une place, Jarrell Simo.
Le milieu de terrain n’a pas débarqué à Genève avec une fanfare et des promesses en lettres capitales. La saison passée, il évoluait en prêt à Nyon, après un premier passage au FC Paradiso. Deux étapes qui lui ont permis de construire son début de carrière loin des projecteurs de la Super League. Gourvennec, lui, l’avait découvert à distance, dans un rôle de sentinelle. Restait à savoir ce qu’il pouvait apporter un étage plus haut, dans un environnement et une organisation différents.
La réponse se dessine progressivement. Peu utilisé au début, Simo n’a jamais cessé de travailler. Sérieux à l’entraînement, professionnel dans son approche, il a attendu son heure avant de la saisir. Sa prestation face à Thoune avait déjà convaincu son entraîneur. Celle du derby a confirmé les impressions. Avec son but, inscrit dans un registre de milieu capable de se projeter, le Genevois a montré qu’il ne se limitait pas à protéger sa défense.
« Je découvre un joueur qui est capable de faire beaucoup de choses au cœur du jeu, et plus que ce que je le voyais faire à Nyon », explique Gourvennec. Vista, capacité à orienter le jeu, activité dans les deux surfaces, Simo a tout du milieu moderne. Le joueur découvre la Super League, mais semble déjà comprendre qu’il n’est pas seulement là pour apprendre. Il peut aussi apporter.
Son parcours rappelle une réalité parfois oubliée dans le football moderne : la progression ne suit pas toujours une ligne droite. Un prêt en Promotion League, un autre en Challenge League, puis une opportunité à saisir dans le club qui l’a formé. Trois étapes, trois environnements, et une même nécessité. Jouer, se tromper, apprendre et revenir plus fort. « Il a construit aussi son début de carrière », résume son entraîneur. Dans un championnat où les places sont chères, le chemin vers le onze passe parfois par des détours.
Thomas Lopes semble confirmer tout le bien que l’on pouvait entrevoir l’année passé, tandis que d’autres joueurs de l’Académie attendent leur tour. Pour Gourvennec, ces apparitions ne sont pas anodines. Elles envoient un message à ceux qui poussent derrière : la porte existe, et elle n’est pas condamnée à rester fermée.
« Il n’y a rien de plus terrible dans une Académie que de savoir que, de toute façon, il n’y a pas d’espoir ou très peu d’espoir de jouer en pro », insiste le technicien. Depuis son arrivée, il affirme avoir voulu créer les conditions permettant aux jeunes d’obtenir leur chance. Mais attention à ne pas confondre ouverture et distribution de cadeaux. Au SFC, le passeport pour l’équipe première reste la performance.
Le discours est clair, personne ne sera titularisé uniquement pour faire joli sur une photo de famille. Simo a dû patienter, travailler et convaincre. Les autres devront suivre le même chemin. Le mérite ne se décrète pas, il se démontre. Et si les jeunes Grenat peuvent aujourd’hui espérer s’installer progressivement dans la rotation, c’est aussi parce qu’ils ont commencé à répondre aux exigences du monde professionnel.
Car intégrer un vestiaire de Super League est complexe. Gourvennec compare volontiers ce groupe d’une trentaine de joueurs à une petite société, dans laquelle chacun doit trouver sa place. Il faut apprendre les codes, gagner la confiance des anciens, développer une personnalité et comprendre ce que signifie être un coéquipier au quotidien. Le talent compte, évidemment. La maturité aussi.
Servette ne pourra pas lancer demain une équipe composée exclusivement de joueurs de 17, 18 ou 19 ans. Gourvennec ne s’en cache pas. Il faut conserver un équilibre entre expérience et jeunesse, tout en tenant compte d’une donnée qui finit toujours par rattraper les clubs : l’économie.
Former un joueur, lui offrir du temps de jeu et le voir éclore ailleurs quelques mois plus tard n’est pas le but recherché. Le cas de jeunes partis chercher leur avenir loin de Genève illustre les limites du modèle. Le club peut proposer un contrat, dessiner un parcours et ouvrir des perspectives. Il ne peut pas décider à la place du joueur et de son entourage. Le parcours doit se construire à deux. Servette peut créer les conditions, mais ne peut pas garantir que chaque jeune choisira de poursuivre son aventure à Genève.
Le renouvellement de contrat de Tristan Nunez s’inscrit dans cette logique. Lorsqu’un jeune montre des choses, le club doit savoir lui témoigner sa confiance. Cela ne garantit pas une place immédiate dans le onze, ni même l’absence d’un futur prêt. Mais le signal est important. Le travail peut être récompensé, et l’Académie n’est pas uniquement un vivier destiné à alimenter les autres.
Pour Gourvennec, l’institution doit rester au-dessus de tout. Les joueurs ont des droits, mais aussi des devoirs. Ceux qui ne se montrent pas suffisamment investis ou exemplaires peuvent être amenés à quitter le club. « Servette doit être respecté », martèle-t-il. Une ligne de conduite qui concerne aussi bien les cadres que les jeunes pousses.
Avant de se projeter plus loin, il faudra toutefois confirmer sur le terrain. Le prochain rendez-vous, en Coupe, face à un adversaire évoluant à un échelon inférieur, pourrait offrir quelques minutes supplémentaires à des joueurs en quête de temps de jeu. Mais pas question de transformer la rencontre en laboratoire expérimental. Malgré quelques petits bobos et une fatigue encore présente après le derby, Gourvennec entend aligner une équipe capable de gagner.
« Je n’ai pas de plan de gestion », prévient-il. L’adversaire sera étudié avec le même sérieux que n’importe quelle formation de Super League, vidéo à l’appui. Les éventuels changements dans le onze ne seront donc pas des cadeaux distribués à la jeunesse grenat. Ils devront répondre à une logique sportive. Et c’est précisément ce qui rend les prestations de Simo et Lopes intéressantes. Ils ne sont pas seulement les symboles d’une politique de formation, mais des joueurs qui commencent à justifier leur présence sur le terrain.
À Genève, la relève n’a pas encore pris le pouvoir. Elle n’en est pas là, et personne ne prétend le contraire. Mais elle frappe à la porte, et celle-ci semble aujourd’hui un peu moins verrouillée qu’hier. À Simo, Lopes et aux autres de continuer à pousser. Car dans le football, comme le rappelle Gourvennec, les possibilités existent. Encore faut-il aller les chercher.

Gourvennec veut garder un équilibre en expérience et jeunesse.
Crédit photo: Lucarne Grenat
Article rédigé par
Nicola Di Nardo

Bel article bravo !